Posts on octobre 2010

Happyview*19: Esti – Réalisatrice

C’est Marc Kucharz qui m’a parlé d’Esti. Elle l’a suivi à la trace à l’espace des possibles. Il me dit qu’elle est réalisatrice et qu’elle a un blog sur le bonheur ! Comment ! Elle doit justement passer demain.

Le lendemain j’attends ma jumelle de pied ferme. Il ne nous a pas fallu une demi-heure pour expérimenter, filmer ensemble et se poiler. Relique ici.

Esti est une femme libre, créative et enthousiaste qui rode dans les couloirs d’Opéra. Allez découvrir ses interviews de Jonas Kaufmann, c’est délicieux ou de Vincent Cespédès, philosophe de son état qui a écrit « magique étude du bonheur ».

Croisée des blogs: Provoque-t-on la chance?

A la croisée des blogs est un évènement itinérant (de blog en blog) dont le thème est lancé par un blogueur en développement personnel. Ce mois-ci, c’est Aurélien de Web entrepreneur débutant qui propose le thème suivant « Apprivoiser sa chance »

J’ai longtemps hésité avant de participer car je sors de ma ligne éditoriale bonheur « pur et dur ». Mais l’exercice est intéressant et m’oblige à me mouiller.

Alors attention je me jette dans le grand bain et en plus, je fais long et risqué car ma chance est insolente et j’aime ça.

———

Vous y comprenez tout, vous, aux mécanismes de cet univers ?

Appelez-là : chance, intuition, probabilité, coïncidence… ma drogue, ce qui me donne l’envie de gratter la surface de ma réalité, ce sont les clins d’œil de la vie, ma chance phénoménale.

Je ne sais pas trop si j’ai toujours eu de la chance mais elle semble être de plus en plus présente dans ma vie au point où j’ai été obligée de mettre ma rationalité et ma chance sur des circuits parallèles.

Vous savez, vous, comment fonctionne la chance?

Ma chance est une compagne, une amie sur laquelle je peux compter. Je lui lance des défis, souvent, comme samedi dernier en rentrant de chez Marc Vella. Il est 23h. Le feu est rouge, je ralentis. Au croisement avec la rue Oberkampf, je vois un jeune homme avec une gabardine noire, une fille et un type. Je me dis que j’aimerais voir quelqu’un que je connais mais que c’est peu probable et que demander à ma chance de travailler la nuit sans raison ne va que la fatiguer pour rien. Je redémarre atterrée par mes pensées. 100 mètres plus loin, un copain est sur le trottoir à discuter avec un couple. Un copain que je n’ai jamais vu ailleurs qu’au marché Raspail. Un jour il m’a présenté un québécois qui habite Lille. Grand sourire, nous nous connaissions par mon ami d’enfance dont la compagne connaît un médecin clown qui, il y a deux semaines, était assis sur un banc  devant mon stand à Batignolles. Je l’interpelle et lui dit que je pense le connaître. Il me dit qu’il connaît Rama qui tenait le stand avant moi.

Quelques mois plus tôt.

J’arrivais chez mon oncle et ma tante dans un village de 600 âmes en Normandie. J’aime aller me ressourcer là-bas. Le téléphone ne passe pas, les ondes balayées par le vent des falaises. J’y passais un mois de vacances tous les ans quand j’avais des couettes et des socquettes.

A peine arrivée, nous passons à table et bien sûr entre deux bouchées de saveurs d’enfance, nous balayons nos vies. Je dis à mon oncle et ma tante que j’ai beaucoup de chance et que ça m’enchante. Les coïncidences sont si nombreuses que c’est devenu un jeu.

Une fois la vaisselle faite direction la maison de Monique où les femmes se retrouvent le soir pour parler et beaucoup rigoler grâce à l’humour décapant de Jeanine. Nous parlons des remèdes de grand-mères qui se sont perdus, des orties et autres décoctions. Monique se lève et va chercher une carte de vœux d’un gars du village qui est devenu médecin à Paris et travaille dans les médecines douces. Sur la carte, ses conférences. Un lieu. Je connais ce lieu. La compagne de mon ami d’enfance a fondé ce lieu. Je dis à ma tante, tu vois c’est de cela dont je parlais.

J’appelle l’amie et RDV est pris avec le docteur dans un café de banlieue. Je me présente ce jour là et le cafetier m’amène à l’homme que je cherche. Il est avec une femme, les couverts dressés et me regarde interrogatif. Il est 15h. « Je suis Joanna, vous êtes bien M. ? » « Oui » Il semble perdu. « Joanna ? … Oh mais nous avons RDV la semaine prochaine. Vous avez de la chance de me trouver là » Quelle chance ! Nous faisons connaissance devant les premières asperges de la saison et un blanc sur pied. Il est médecin à la retraite et fait le clown dans les hopitaux. Il écrit un livre. Le titre?  « Le bonheur s’apprend, la santé aussi » !

Un médecin clown était assis sur un banc devant mon stand à Batignolles. Il connait Rama. Tout d’un coup je revois toute l’histoire et lui dit « nous nous sommes rencontré dans une brasserie de banlieue ».

Je pourrais suivre le fil des liens et des coïncidences sans fin.

Comment expliquer la chance ? Comment expliquer que plus j’apprécie et reconnaît ma chance et plus elle se multiplie ?

Comment expliquer :

– Qu’à Palma de Mallorca, je ne rejoins pas l’amie avec qui j’étais au fond du bus et reste à l’avant. En arrivant en ville le couple à ma droite supplie le conducteur de s’arrêter pour faire monter une amie qu’ils ont aperçue sur le trottoir. Une amie de Budapest avec qui j’avais passé trois jours à Amsterdam deux ans plus tôt.

– Que je veuille créer des smoothie bar à Paris et que devant l’ampleur de la tache je me dis que je ne suis pas prête et j’accepte un job de consultante en Angleterre. Là on m’explique que pour un client un peu particulier la boite m’assigne à une mission pas comme les autres: monter une chaine de smoothie bar en Angleterre.

– Que mon amie F qui me raconte une histoire douloureuse, qu’un mot débouche sur la réalisation qu’elle a très bien connu mon amie G de Bordeaux, qui à vécu plus de deux ans chez sa mère. G a quitté l’appartement de la porte des Lilas quelques jours avant que je ne vienne moi-même y déjeuner pour la première fois.

– Que je puisse me balader en Thaïlande seule et que quelqu’un crie mon prénom.

– Que j’exprime à une personne que je viens de rencontrer qu’il me faudrait un boulot à mi-temps et que 30 minutes plus tard en entrant dans une boutique, on me propose un boulot à mi-temps comme ça de but en blanc.

– Qu’au fond d’un restaurant flunch mes amis se moquent de moi quand je dis que je connais cette fille mais je ne sais plus d’où. Je m’avance vers sa table et elle me dit « Yunnan ». Nous nous sommes rencontrées au fin fond du Yunnan en Chine quelques années plus tôt.

– Qu’abandonnée sur la bord de la route en Nouvelle Zélande, je suis dans les toilettes d’une aire d’autoroute désespérée. Une petite fille entre, elle parle français. Nous sympathisons. Plus tard quand je sors elle crie à ses parents que je suis la française. J’ai voyagé trois jours en camping car avec eux jusqu’à la ville.

– Qu’en allant en ville alors que je vivais dans un petit village près de Tikal au Guatemala, il y avait deux gars que je connaissais donc j’ai fait de l’autostop avec eux. Je me retrouve en cabine avec un restaurateur de Flores, eux à l’arrière du pick-up à discuter. Je lui dit que je cherche un travail dans la région. Nous discutons littérature, philosophie et il me dit de passer le voir au resto un de ces 4. Dernier jour de ma recherche de travail, mon amie Alice et moi avions trouvé des boulots au village mais je voulais avoir des options. Rien en ville, je lui propose, avant de rentrer de passer voir le resto. Nous arrivons en même temps que le patron. Nous nous installons. Il est très occupé et en sueur. Il vient nous voir et me demande si c’est bien moi qui voulais travailler. Le directeur du projet archéologique Aguateca est là. Il nous le présente, le lendemain nous sommes dans la jungle.

– … Il faut que je arrête au risque de vous perdre si ce n’est déjà fait car je pourrais remplir plusieurs volumes avec des histoires de cacahuètes, d’illustrateur à lunettes, de Manhattan project, de bois exotiques, de collier multicolor…

Certains, hasards, chances, coïncidences ont littéralement changé le cours de ma vie. Les articles de blogs se doivent d’être court et je ne raconterai donc pas tout. J’ai déjà évoqué plusieurs de ces chances sur ce blog ici et ou ailleurs.

On m’a déjà dit « Joanna, tu connais beaucoup de monde et puis on fréquente souvent les mêmes milieux donc le hasard tu le provoques »

Je le provoque. Sûrement. Comment ?

Déjà je les vois. Avoir de la chance, peu importe si ce sont des probabilités ou des mécanismes mystérieux, il faut savoir la reconnaître. Il m’est arrivé de voir une chance quelques instants après un souhait exprimé par quelqu’un et cette personne ne pas la voir.

La chance c’est avant tout des yeux attentifs, des oreilles grandes ouvertes. Si la chance se provoque, cela doit commencer par l’accueil et suivre son intuition. Je ne sais pas comment ça marche, je ne peux que constater que la chance croit avec l’enthousiasme.

Merci à ma chance car elle m’a fait croiser le chemin de personnes exceptionnelles. Parfois ma chance se trouvait même dans les épreuves quand j’ai su garder l’oeil ouvert aux nouvelles portes, aux clins d’oeil. Oui la chance est un clin d’oeil et parfois elle n’apporte ou n’enlève rien, elle témoigne juste de la magie de la vie.

Happyview*18: Marc Vella

Je voulais le voir et en même temps c’était la fin de journée et ma petite voix intérieure disait que je méritais bien de rentrer me reposer. C’est sans compter sur la magie.

Je ne m’installe pas, je me pose juste dans un coin de la salle.

Mon voyage commence avec la diffusion d’un extrait de ce documentaire: Marc Vella, éloge de la fausse note. Un voyage comme un grain de sable dans son piano. Désert de Mauritanie, ébahissement de celui qui a croisé les touches de ce piano voyageur. 10 minutes de ce documentaire et une émotion immense qui me submerge. Il le fait. Il ose. Il vit et transmet. Dans les vents de haute falaise où le jaune du désert mauritanien, il rêve sa vie et vit ses rêves. Mais au delà du pianiste qui dans sa douce folie ballade sa caravane amoureuse sur les routes du monde, c’est le lien, on sent le lien et l’exploration de nouveaux territoires pour quiconque croise le vaisseau.

Un homme ébahi, les bras ballants devant le piano. Il vient de jouer un air alors qu’il ne savait pas qu’il avait ça dans les doigts. On le sent un peu perdu comme assommé de pouvoir ce qu’il n’imaginait même pas un instant plus tôt.

Puis l’écran s’est éteint et Marc a pris la parole. Puis la parole s’est éteinte et le piano a chanté. Je suis ignare du solfège, des pinceaux, de la gouache, du diapason, des gammes… mais mes émotions n’avaient besoin de rien pour glisser avec les notes. Le moment était vif, ma présence au moment, forte. Des larmes. Des larmes de joie, de libération, de confirmation.

Samedi dernier, Marc et Cathy m’ont reçu chez eux avec une générosité si grande qu’elle peut paraitre suspicieuse. Vivre en grand, vivre en suivant entièrement l’inspiration, vivre en s’affranchissant des cadres demande un courage et une audace qui peuvent effrayer l’autre. Ces hommes et ces femmes qui sont des sources d’inspiration qui nous renvoient à nous-même ne semblent pas avoir le choix. La seule voie est d’être à 100% car rester immobile est la prison. Ils n’ont pas le choix s’ils veulent vivre juste mais ça n’en rend pas le chemin aisé pour autant.

Merci Marc et Cathy pour votre générosité, pour m’avoir ouvert les portes de votre maison, de votre aventure.
Nous explorons tous, nous trébuchons tous, nous brillons tous et certains ont la grâce de donner, de bouleverser l’ordre établi avec beauté et amour. Merci de m’avoir rapprochée un peu plus de moi-même.

Le site de Marc: www.marcvella.com

Qu’est-ce que Moodstep?

J’ajoute un onglet visite guidée avec une vidéo qui explique ce qu’est Moodstep. Certains m’ont encore dit que ce n’était pas clair!

Moodstep est un blog qui explore le bonheur à travers le prisme de différentes disciplines comme la philosophie, la psychologie, la science, l’économie, la sociologie, l’art…

Happyview*17: Bernard Campan

Interview impromptue offerte avec beaucoup de simplicité et de gentillesse par Bernard Campan.

C’est à Jess que je dois ces deux questions posées à Bernard Campan. Moi, je suis godiche depuis l’enfance. Incapable de demander. J’ai tellement travaillé ma timidité qu’elle est partie se cacher dans des endroits reculés. Je n’ose pas demander de services ou téléphoner, j’ai peur de déranger. Je fais mon coming out!

Heureusement Jess était là et Bernard (vous permettez que je vous appelle Bernard?) a pris le temps de répondre.

C’est étonnant comme nous sommes multiples, des êtres entièrement renouvelés d’une époque à l’autre.

Quand j’étais ado, je vivais en Corée du sud, à l’époque des magnétoscopes, en ère pré-internet. Quand vous vivez loin de la télé française, vous tournez en boucle sur quelques cassettes. Chez moi c’était un taxi pour Tobrouk, Stalag17, marche à l’ombre, la chèvre et le spectacle des inconnus. En boucle, comme les vestiges d’une civilisation perdue et chérie.

Pourtant quand je me suis retrouvée devant Bernard Campan,  je n’ai pas pensé un instant aux inconnus, comme face à une autre homme. J’ai vu l’acteur et ressenti une grande sensibilité. Autre fait étrange non-anticipé: il est diablement sexy! Mais qu’est ce qui m’arrive, qu’est ce que ça a voir avec le bonheur! Je me perds.

Je n’ai pas monté la video comme à mon habitude pour que l’on comprenne le ton un peu grave. Je ne saurais expliquer pourquoi, je lui ai maladroitement posé une question que je n’avais jamais posé avant: le bonheur dans les moments difficiles.

Faut que ça déborde

L’obligation au bonheur.

Harcelé par le bonheur, ça suffit. On nous tyrannise. Laissez moi être malheureux. J’ai le droit à la tronche, la grimace, la colère. On m’empêche, il faudrait que je mette mon masque tout sourire qui fait peur, qui me fait peur.

Y en a ras le bol du bonheur, des gros titres sur les couvertures, des 4par3. J’ai envie de vomir. Le bonheur, le bonheur, l’horreur!

Et puis le bonheur dés qu’on en parle, il est ailleurs. Lâchez-nous avec le bonheur. Moi le bonheur je le vis, les mots sont en trop.

L’obligation de se taire.

Il faudrait que l’on se taise parce que d’autres souffrent, parce que le bonheur est une arnaque commerciale, parce que le bonheur ça n’existe pas. Je rends hommage à tous ceux qui appellent le bonheur, à moi-même dans d’autres temps, à la souffrance qui m’a offert le contraste et l’envie de crier, de hurler, de badigeonner tout ce que je croise, de baver le bonheur partout. C’est crade le bonheur, ça énerve.

Quand je suis verte et complètement prise dans des émotions négatives et qu’une petite voie raisonnable vient me chuchoter « mais enfin Joanna , le bonheur : gratitude, ne pas se comparer, joie… tiens toi bien voyons », il m’agace aussi ce bonheur là, dicté. J’ai toujours eu 0 en dictée.

Le bonheur n’est pas raisonnable, il est intense, il bouillonne. Le bonheur c’est aimer la vie, la vie qui tangue, la vie en fond de cale parfois, aimer la folie, l’incongruité de cette vie. Le bonheur c’est croire que l’on peut tricoter point mousse, broder, et même filer. Le bonheur c’est aller au cœur des choses, comprendre de l’intérieur.

Alors oui la gratitude, pas comme un précepte religieux, mais comme une expérience, une fièvre. Oui, merci à la vie, merci aux regards croisés de me permettre d’explorer, d’être chaque jour surprise, émerveillée. Merci à ceux qui m’inspirent pour vivre, agir chaque jour avec plus de grâce.

Et merci à ceux que le bonheur agace, ils me permettent plus encore d’affiner ma réflexion, mes sensations, mes motivations à parler du bonheur.

Abonnez-vous à la lettre d'information pour recevoir chaque mois les nouveaux épisodes
S'abonner