Posts on novembre 2010

Champions du bonheur

L’année dernière, Christophe André écrivait dans la préface du livre des Champions du bonheur:

« Avant. Non, évidemment non! Champions du bonheur: pire qu’un oxymore, une incompatibilité complète.[…] Maintenant. Voilà, on va voir les choses comme ça: les champions du bonheur vont défendre la cause du bonheur, en faire parler, inspirer les autres humains, faciliter sa contagion tout autour d’eux. Alors finalement, ce sera oui… Oui, évidemment oui! »

Je le comprends Christophe André, ça peut paraitre saugrenu une association qui organise une « compétition » du bonheur. Comme c’est un joyeux hasard qui a mis ces champions sur ma route il y a de ça un an et demi, je plonge et je demande mon dossier.

Champions du bonheur a trois volets:

le premier: l’introspection. En répondant aux 10 questions, j’ai du fouiller en moi et formaliser. C’est un voyage en soi-même.

le deuxième: le partage. Après avoir envoyé ses réponses, on reçoit les dossiers des autres participants, de parfaits inconnus. Certains vous font sourire et d’autres vous touchent profondément. Un lien sans physique, sans aprioris. C’est beau de vibrer aux mots d’un inconnu, reliés.

le troisième: la rencontre. Etape non obligatoire mais que je n’aurais ratée pour rien au monde impatiente que j’étais de partager et puis j’aurais manqué la rencontre avec Christiane et ses croquis de nous, Philippe et son paquet de cacahuètes en référence à un de mes chapitres, Leeloo qui m’a autorisée a publier un passage de son dossier que vous trouverez un peu plus bas…

La semaine dernière, c’était la grande soirée de passation du titre de Valérie à Sophie dont les dossiers sont des perles. Avant tout un alibi à la joie, la grande fête de champions.

Pour participer à l’édition 2011, abonnez-vous sur le site Champions du bonheur.

Un chapitre extrait du dossier de Leeloo (merci à elle):

Bonheur caché

Dans une épreuve, dans l’adversité, dans la douleur, sous l’apparence d’une calamité, vous avez trouvé une pépite de bonheur. Pouvez-vous décrire votre meilleur bonheur caché ?

« Il n’y a pas de bons ou de mauvais moments, il y a juste des moments

et on en fait ce qu’on veut : du bon ou du mauvais»

Ca, c’est de moi…

Si je devais décrire mon grand-père en une phrase, je dirais « Mon grand père avait une BX et il adorait ses petits enfants ».

Je pense qu’il était très content de ses trois filles, mais vraiment, ses quatre petits enfants, c’était sa plus grande fierté. Il vivait très modestement avec ma grand-mère, ce n’est pas sa petite retraite de maçon qui leur permettaient de faire beaucoup d’extras, et pourtant, il lui tenait particulièrement à cœur d’emmener, tous les ans, ses petits enfants en vacances, ce qui était juste fabuleux à une époque où si peu de gens partaient en vacances. L’hiver, entre Noël et le jour de l’an, nous allions dans le Jura, à Saint-Laurent-en-Grandvaux, où un ami de mon grand-père avait un chalet, chalet qui devait d’ailleurs en très grande partie sa construction et son aménagement à mon grand-père. L’été, nous partions à Leucate, dans le Languedoc-Roussillon, là aussi, dans la maison d’une amie de mes grands-parents. Chaque année, mes grands-parents s’y rendaient pour faire de la confiture d’abricot, ils en faisaient des tonnes, des tonnes de pots de succulente confiture d’abricot que nous rapportions à la maison à la fin des vacances et qui, une fois équitablement répartis entre mes parents, mes oncles et tantes, nous permettait de passer toute l’année de merveilleux petits déjeuners et quatre-heures à l’abricot en pensant aux vacances de l’année suivante.

Je me souviens des voyages en voiture : quelles expéditions ! Une fois la voiture chargée à bloc avec toutes les victuailles (forcément, on n’avait pas les moyens d’acheter sur place, alors on emportait un maximum de vivres pour nourrir un régiment pendant plusieurs semaines), il fallait encore caser les quatre marmots. Il arrivait quelques fois que l’un d’entre nous se retrouve couché aux pieds des autres, en travers, derrière les sièges avant, faute de place sur le siège arrière.

Mon grand-père tenait beaucoup à sa BX, il la bichonnait, l’entretenait avec amour, et dans sa BX, il avait toujours des cassettes avec des chansons d’un autre temps, des chansons de son temps : Louis Mariano, et puis Ivan Rebroff « Ah ! si j’étais riche », celle là il l’adorait et il nous la passait en boucle « Adieu la charrette
diguedadedadedadedadedadedaaaah ! »

Mon grand-père était génial, il avait vraiment toutes les qualités du monde, c’était un amoureux de la nature et des bonnes choses et… il était juste un peu râleur, mais un gentil râleur, pas le râleur qui dit des méchancetés, non, le râleur gentil, qui râle juste pour râler, juste par habitude, par principe, enfin … je ne pense pas que c’est le point de vue de ma grand-mère qui essuyait régulièrement ses « Bon sang de bon sang ! ».

Un jour, alors que nous étions en vacances dans le Jura, nous prend l’envie soudaine d’aller faire du patin à glace. Nous voilà donc partis, tous les six, dans la BX, en direction des Rousses. En se garant, mon grand-père ne fait pas attention et ne voit pas le tas de neige glacée qui est devant la place de parking. Comme il arrive à une vitesse un peu trop élevée, le bas de casse heurte la glace, explose… « Bon sang de bon sang ! », encore une fois la faute à ma grand-mère, forcément, et nous quatre, morts de rire à l’arrière.

Mon grand père avait à peine 75 ans. Il était trop jeune pour partir aussi vite et puis surtout nous l’avions toujours connu en pleine forme. Comment a-t’il pu être terrassé si soudainement, le jour de l’anniversaire de ma grand-mère ?

Son enterrement fut un moment terrible, tout le monde était effondré. Forcément il était si gentil mon grand-père, si apprécié, toujours prêt à rendre service… juste un peu râleur. La cérémonie à l’église passée, nous sommes partis au cimetière, pour l’accompagner dans sa dernière demeure.

En sortant du cimetière, la BX est garée là, je ne sais plus exactement qui l’a amenée. Je suis avec mes trois cousins, nous sommes plantés devant la voiture, tels des zombis, les yeux rouges et enflés d’avoir pleuré pendant des jours et soudain il y en a un qui lance « Si on rentrait en BX ? » et nous voilà tous les quatre, grands enfants, dans la BX comme à la belle époque. Mon cousin Hubert a pris le volant et la BX ronfle. A un moment, il lance « Vous vous souvenez quand on allait à Leucate ? » … « Et vous vous souvenez quand on était rentrés dans le bloc de glace ?» … « Bon sang de bon sang ! ». On se regarde tous les quatre et là, une tonne de souvenirs rejaillit dans nos mémoires, nos bons moments dans la BX, nos bagarres, nos éclats de rire, nos jeux à compter les voitures rouges, à trouver des mots commençant par A puis B, nos cris qui énervaient ma grand-mère et qui faisaient râler mon grand-père. Tout cela revient, tous ces bons moments surgissent à nouveau et nous éclatons de rire. Un pur moment de bonheur, un jour de deuil.

Sans commentaire


Surfait le bonheur ?
envoyé par franceinter. – Cliquez pour voir plus de vidéos marrantes.

Livre: L’hypothèse du bonheur

Jonathan Haidt m’a baladée de l’Agora grecque aux chaires des grandes universités américaines.  Il en faut du courage, des années à fouiller, de l’indépendance d’esprit pour écrire Hypothèse du bonheur : La redécouverte de la sagesse ancienne dans la science contemporaine
Nous n’étions pourtant pas fait pour nous entendre tant mes dents ont grincé lorsque J. Haidt écrit « La vie n’est qu’une opinion. Par la méditation, la thérapie cognitive et le Prozac vous pouvez vous faire une autre opinion de vous-même. » Le Prozac !!! Ce livre a fait évolué ma vision et peut être que son approche parfois par la face nord du bonheur (inceste, colère, Satan, perversité…) est ce qui a ouvert les nouveaux chemins. Il n’énonce pas seulement des idées, il les pose sur la table puis les décortique pour trouver SA réponse.

L’image qu’il utilise tout au long du livre est celle de l’éléphant et son cornac, l’éléphant étant nos automatismes, notre inconscient et le cornac, le contrôlé, le conscient.  Je ne m’étais pas rendu compte de la force de cette métaphore,  mais elle m’accompagne chaque jour comme un petit rappel de la force de l’inconscient en moi notamment lorsque je justifie mes choix où juge mon voisin.

Ce livre est d’une densité rare. J’en veux pour preuve les 17 pages de références et les 26 de bibliographie à la fin du livre. J’ai donc décidé de ne parler ici que du chapitre 7 « Des usages de l’adversité » qui se prête tout à fait au thème de la croisée de blogs de ce mois-ci.

« Ce qui ne me tue pas me rend plus fort » Nietzsche

Dans ce chapitre J. Haidt développe « l’hypothèse du malheur ».

« Cette hypothèse énonce que les gens ont besoin d’adversité, de revers et peut être même de traumatismes pour atteindre le sommet de la force, de l’épanouissement et du développement personnel. »

Il nous explique quand les échecs ou malheurs sont bénéfiques et quand ils sont néfastes.

Premier bénéfice :

« Relever un challenge révèle des aptitudes cachées et se rendre compte de ces aptitudes change la manière dont vous vous percevez ». La peur de l’échec nous paralyse.  Nous ne pourrions jamais supporter le regard de l’autre, la perte financière ou émotionnelle. Mais en fin de compte quand nous traversons l’échec nous apprenons sur nous-mêmes, nos limites et nos forces. Nous sommes plus solide et moins anxieux face à l’adversité future.

Deuxième bénéfice :

Les relations. « L’adversité est un filtre » Elle renforce les liens avec les personnes autour de vous qui vous tendent la main ou l’oreille.

Troisième bénéfice :

Cela change la philosophie de vie et les priorités.

« Douces sont les façons de l’adversité : oui,

Tout comme le crapaud énorme et venimeux

Qui porte sur sa tête une pierre de lune. » Shakespeare

Si il est vertueux de traverser l’adversité, « cela signifie que l’on doit saisir plus d’occasions et  connaître plus de défaites ».  L’échec nous permet d’envisager de nouvelles solutions, de rééquilibrer la cohérence interne, réexaminer nos buts. L’échec est une opportunité.

« On ne reçoit pas la sagesse, il faut la découvrir soit même, après un trajet que personne ne peut faire pour nous,  ne peut nous épargner car elle est un point de vue sur les choses. »  Marcel Proust

Se tenir éloigné de l’échec est en quelque sorte se tenir éloigné de la sagesse.

Je conseille fortement la lecture de ce livre bien qu’il ne soit pas une lecture facile par la richesse de son contenu. Voilà un livre que je m’exhorterai à relire dans quelques années pour me rafraichir la mémoire.

A la croisée des blogs est un évènement itinérant (de blog en blog) dont le thème est lancé par un blogueur en développement personnel. Ce mois-ci, c’est Julien de World émotions qui propose le thème suivant “Ces échecs qui nous font grandir

Happyview*20: Phap Kinh

Avril 2010

Je suis en Dordogne, les mains glacées, capuche en laine sur la tête, les pieds sous la couette.  Ce matin je me suis levée à 5h. Une demi-heure plus tard, mon corps se balance imperceptiblement au chant d’une trentaine de nones vietnamiennes. Mon esprit s’enivre tantôt porté par le chœur tantôt se posant sur une voix, un tintement. Quelle fabuleuse sensation que de vivre de nouvelles expériences, d’ouvrir ses sens à l’inconnu.

J’ai demandé refuge aux nones, surprise par un contretemps. Contretemps qui ouvre sur une fabuleuse aventure humaine et la chance. Chance que Thich Nhat Hanh arrive au village ce jour là et nous donne 3 enseignements en quelques jours. Chance qu’il vienne de sortir son nouveau livre « Happiness ». Chance que la retraite ait pour thème cette année « le bonheur ». Chance de découvrir le sutra du bonheur. Chance de trouver ce petit message dans la salle à manger:

Joie


Ce que ce maitre bouddhiste zen vietnamien transmet est l’attention au moment présent. Et pour mettre en pratique la présence à l’instant, de drôles de choses se passent au village. La plus surprenante est de se retrouver entouré de corps figés en plein mouvement. A chaque sonnerie de téléphone, de clocher, de réveil… tout le monde s’arrête. Une petite astuce de moines pour revenir au moment présent quoique nous fassions. Avec la sonnerie, chacun se recentre dans le présent en observant la position de son corps, ses sensations, sa respiration… Puis le mouvement reprend et chacun s’affaire à sa tache.

La méditation, la respiration en conscience, la marche consciente seule où en groupe, manger en conscience et poser sa fourchette entre chaque bouchée, prendre le temps… Toutes ces pratiques mènent à une chose où plutôt un état: la présence, l’esprit présent à l’instant et non à vagabonder entre le futur et le passé.

Un jour le maitre Thay comme l’appel les habitants du village nous à tous offert, en main propre, les uns après les autres, le regard posé sur chacun, une carte qui résume ce que j’ai appris: 100% ici et maintenant.

100%

Au delà de journées rythmées par les méditations, les corvées, les repas, le QiQong… ces cinq jours ont été l’occasion de partager des moments merveilleux avec les nones et les autres invités du village. Les longues discussions à cœur ouvert avec des personnes venues des quatre coins du monde pour recevoir l’enseignement de Thich Nhat Hanh ou les leçons de français aux nones vietnamiennes tout en épluchant des centaines de pommes, j’ai savouré chaque moment.

Ajout le 29 janvier 2012:

C’est avec tristesse que j’ai appris le décès de Christopher. Je garde un souvenir ému de ma rencontre avec cet homme d’une douceur et d’une bienveillance rare. Il nous a quitté le 23 janvier. Je suis de tout coeur avec ses proches. Peu importe nos croyances, « perdre » un être cher reste pour moi une épreuve. Merci cher Phap Kinh d’avoir illuminé ton chemin et celui de ceux que tu as croisé.

Merci à Thomas et Richard de m’avoir avertie.

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