L’année dernière, Christophe André écrivait dans la préface du livre des Champions du bonheur:

« Avant. Non, évidemment non! Champions du bonheur: pire qu’un oxymore, une incompatibilité complète.[…] Maintenant. Voilà, on va voir les choses comme ça: les champions du bonheur vont défendre la cause du bonheur, en faire parler, inspirer les autres humains, faciliter sa contagion tout autour d’eux. Alors finalement, ce sera oui… Oui, évidemment oui! »

Je le comprends Christophe André, ça peut paraitre saugrenu une association qui organise une « compétition » du bonheur. Comme c’est un joyeux hasard qui a mis ces champions sur ma route il y a de ça un an et demi, je plonge et je demande mon dossier.

Champions du bonheur a trois volets:

le premier: l’introspection. En répondant aux 10 questions, j’ai du fouiller en moi et formaliser. C’est un voyage en soi-même.

le deuxième: le partage. Après avoir envoyé ses réponses, on reçoit les dossiers des autres participants, de parfaits inconnus. Certains vous font sourire et d’autres vous touchent profondément. Un lien sans physique, sans aprioris. C’est beau de vibrer aux mots d’un inconnu, reliés.

le troisième: la rencontre. Etape non obligatoire mais que je n’aurais ratée pour rien au monde impatiente que j’étais de partager et puis j’aurais manqué la rencontre avec Christiane et ses croquis de nous, Philippe et son paquet de cacahuètes en référence à un de mes chapitres, Leeloo qui m’a autorisée a publier un passage de son dossier que vous trouverez un peu plus bas…

La semaine dernière, c’était la grande soirée de passation du titre de Valérie à Sophie dont les dossiers sont des perles. Avant tout un alibi à la joie, la grande fête de champions.

Pour participer à l’édition 2011, abonnez-vous sur le site Champions du bonheur.

Un chapitre extrait du dossier de Leeloo (merci à elle):

Bonheur caché

Dans une épreuve, dans l’adversité, dans la douleur, sous l’apparence d’une calamité, vous avez trouvé une pépite de bonheur. Pouvez-vous décrire votre meilleur bonheur caché ?

« Il n’y a pas de bons ou de mauvais moments, il y a juste des moments

et on en fait ce qu’on veut : du bon ou du mauvais»

Ca, c’est de moi…

Si je devais décrire mon grand-père en une phrase, je dirais « Mon grand père avait une BX et il adorait ses petits enfants ».

Je pense qu’il était très content de ses trois filles, mais vraiment, ses quatre petits enfants, c’était sa plus grande fierté. Il vivait très modestement avec ma grand-mère, ce n’est pas sa petite retraite de maçon qui leur permettaient de faire beaucoup d’extras, et pourtant, il lui tenait particulièrement à cœur d’emmener, tous les ans, ses petits enfants en vacances, ce qui était juste fabuleux à une époque où si peu de gens partaient en vacances. L’hiver, entre Noël et le jour de l’an, nous allions dans le Jura, à Saint-Laurent-en-Grandvaux, où un ami de mon grand-père avait un chalet, chalet qui devait d’ailleurs en très grande partie sa construction et son aménagement à mon grand-père. L’été, nous partions à Leucate, dans le Languedoc-Roussillon, là aussi, dans la maison d’une amie de mes grands-parents. Chaque année, mes grands-parents s’y rendaient pour faire de la confiture d’abricot, ils en faisaient des tonnes, des tonnes de pots de succulente confiture d’abricot que nous rapportions à la maison à la fin des vacances et qui, une fois équitablement répartis entre mes parents, mes oncles et tantes, nous permettait de passer toute l’année de merveilleux petits déjeuners et quatre-heures à l’abricot en pensant aux vacances de l’année suivante.

Je me souviens des voyages en voiture : quelles expéditions ! Une fois la voiture chargée à bloc avec toutes les victuailles (forcément, on n’avait pas les moyens d’acheter sur place, alors on emportait un maximum de vivres pour nourrir un régiment pendant plusieurs semaines), il fallait encore caser les quatre marmots. Il arrivait quelques fois que l’un d’entre nous se retrouve couché aux pieds des autres, en travers, derrière les sièges avant, faute de place sur le siège arrière.

Mon grand-père tenait beaucoup à sa BX, il la bichonnait, l’entretenait avec amour, et dans sa BX, il avait toujours des cassettes avec des chansons d’un autre temps, des chansons de son temps : Louis Mariano, et puis Ivan Rebroff « Ah ! si j’étais riche », celle là il l’adorait et il nous la passait en boucle « Adieu la charrette
diguedadedadedadedadedadedaaaah ! »

Mon grand-père était génial, il avait vraiment toutes les qualités du monde, c’était un amoureux de la nature et des bonnes choses et… il était juste un peu râleur, mais un gentil râleur, pas le râleur qui dit des méchancetés, non, le râleur gentil, qui râle juste pour râler, juste par habitude, par principe, enfin … je ne pense pas que c’est le point de vue de ma grand-mère qui essuyait régulièrement ses « Bon sang de bon sang ! ».

Un jour, alors que nous étions en vacances dans le Jura, nous prend l’envie soudaine d’aller faire du patin à glace. Nous voilà donc partis, tous les six, dans la BX, en direction des Rousses. En se garant, mon grand-père ne fait pas attention et ne voit pas le tas de neige glacée qui est devant la place de parking. Comme il arrive à une vitesse un peu trop élevée, le bas de casse heurte la glace, explose… « Bon sang de bon sang ! », encore une fois la faute à ma grand-mère, forcément, et nous quatre, morts de rire à l’arrière.

Mon grand père avait à peine 75 ans. Il était trop jeune pour partir aussi vite et puis surtout nous l’avions toujours connu en pleine forme. Comment a-t’il pu être terrassé si soudainement, le jour de l’anniversaire de ma grand-mère ?

Son enterrement fut un moment terrible, tout le monde était effondré. Forcément il était si gentil mon grand-père, si apprécié, toujours prêt à rendre service… juste un peu râleur. La cérémonie à l’église passée, nous sommes partis au cimetière, pour l’accompagner dans sa dernière demeure.

En sortant du cimetière, la BX est garée là, je ne sais plus exactement qui l’a amenée. Je suis avec mes trois cousins, nous sommes plantés devant la voiture, tels des zombis, les yeux rouges et enflés d’avoir pleuré pendant des jours et soudain il y en a un qui lance « Si on rentrait en BX ? » et nous voilà tous les quatre, grands enfants, dans la BX comme à la belle époque. Mon cousin Hubert a pris le volant et la BX ronfle. A un moment, il lance « Vous vous souvenez quand on allait à Leucate ? » … « Et vous vous souvenez quand on était rentrés dans le bloc de glace ?» … « Bon sang de bon sang ! ». On se regarde tous les quatre et là, une tonne de souvenirs rejaillit dans nos mémoires, nos bons moments dans la BX, nos bagarres, nos éclats de rire, nos jeux à compter les voitures rouges, à trouver des mots commençant par A puis B, nos cris qui énervaient ma grand-mère et qui faisaient râler mon grand-père. Tout cela revient, tous ces bons moments surgissent à nouveau et nous éclatons de rire. Un pur moment de bonheur, un jour de deuil.