L’obligation au bonheur.

Harcelé par le bonheur, ça suffit. On nous tyrannise. Laissez moi être malheureux. J’ai le droit à la tronche, la grimace, la colère. On m’empêche, il faudrait que je mette mon masque tout sourire qui fait peur, qui me fait peur.

Y en a ras le bol du bonheur, des gros titres sur les couvertures, des 4par3. J’ai envie de vomir. Le bonheur, le bonheur, l’horreur!

Et puis le bonheur dés qu’on en parle, il est ailleurs. Lâchez-nous avec le bonheur. Moi le bonheur je le vis, les mots sont en trop.

L’obligation de se taire.

Il faudrait que l’on se taise parce que d’autres souffrent, parce que le bonheur est une arnaque commerciale, parce que le bonheur ça n’existe pas. Je rends hommage à tous ceux qui appellent le bonheur, à moi-même dans d’autres temps, à la souffrance qui m’a offert le contraste et l’envie de crier, de hurler, de badigeonner tout ce que je croise, de baver le bonheur partout. C’est crade le bonheur, ça énerve.

Quand je suis verte et complètement prise dans des émotions négatives et qu’une petite voie raisonnable vient me chuchoter « mais enfin Joanna , le bonheur : gratitude, ne pas se comparer, joie… tiens toi bien voyons », il m’agace aussi ce bonheur là, dicté. J’ai toujours eu 0 en dictée.

Le bonheur n’est pas raisonnable, il est intense, il bouillonne. Le bonheur c’est aimer la vie, la vie qui tangue, la vie en fond de cale parfois, aimer la folie, l’incongruité de cette vie. Le bonheur c’est croire que l’on peut tricoter point mousse, broder, et même filer. Le bonheur c’est aller au cœur des choses, comprendre de l’intérieur.

Alors oui la gratitude, pas comme un précepte religieux, mais comme une expérience, une fièvre. Oui, merci à la vie, merci aux regards croisés de me permettre d’explorer, d’être chaque jour surprise, émerveillée. Merci à ceux qui m’inspirent pour vivre, agir chaque jour avec plus de grâce.

Et merci à ceux que le bonheur agace, ils me permettent plus encore d’affiner ma réflexion, mes sensations, mes motivations à parler du bonheur.