Avril 2010

Je suis en Dordogne, les mains glacées, capuche en laine sur la tête, les pieds sous la couette.  Ce matin je me suis levée à 5h. Une demi-heure plus tard, mon corps se balance imperceptiblement au chant d’une trentaine de nones vietnamiennes. Mon esprit s’enivre tantôt porté par le chœur tantôt se posant sur une voix, un tintement. Quelle fabuleuse sensation que de vivre de nouvelles expériences, d’ouvrir ses sens à l’inconnu.

J’ai demandé refuge aux nones, surprise par un contretemps. Contretemps qui ouvre sur une fabuleuse aventure humaine et la chance. Chance que Thich Nhat Hanh arrive au village ce jour là et nous donne 3 enseignements en quelques jours. Chance qu’il vienne de sortir son nouveau livre « Happiness ». Chance que la retraite ait pour thème cette année « le bonheur ». Chance de découvrir le sutra du bonheur. Chance de trouver ce petit message dans la salle à manger:

Joie


Ce que ce maitre bouddhiste zen vietnamien transmet est l’attention au moment présent. Et pour mettre en pratique la présence à l’instant, de drôles de choses se passent au village. La plus surprenante est de se retrouver entouré de corps figés en plein mouvement. A chaque sonnerie de téléphone, de clocher, de réveil… tout le monde s’arrête. Une petite astuce de moines pour revenir au moment présent quoique nous fassions. Avec la sonnerie, chacun se recentre dans le présent en observant la position de son corps, ses sensations, sa respiration… Puis le mouvement reprend et chacun s’affaire à sa tache.

La méditation, la respiration en conscience, la marche consciente seule où en groupe, manger en conscience et poser sa fourchette entre chaque bouchée, prendre le temps… Toutes ces pratiques mènent à une chose où plutôt un état: la présence, l’esprit présent à l’instant et non à vagabonder entre le futur et le passé.

Un jour le maitre Thay comme l’appel les habitants du village nous à tous offert, en main propre, les uns après les autres, le regard posé sur chacun, une carte qui résume ce que j’ai appris: 100% ici et maintenant.

100%

Au delà de journées rythmées par les méditations, les corvées, les repas, le QiQong… ces cinq jours ont été l’occasion de partager des moments merveilleux avec les nones et les autres invités du village. Les longues discussions à cœur ouvert avec des personnes venues des quatre coins du monde pour recevoir l’enseignement de Thich Nhat Hanh ou les leçons de français aux nones vietnamiennes tout en épluchant des centaines de pommes, j’ai savouré chaque moment.

Ajout le 29 janvier 2012:

C’est avec tristesse que j’ai appris le décès de Christopher. Je garde un souvenir ému de ma rencontre avec cet homme d’une douceur et d’une bienveillance rare. Il nous a quitté le 23 janvier. Je suis de tout coeur avec ses proches. Peu importe nos croyances, « perdre » un être cher reste pour moi une épreuve. Merci cher Phap Kinh d’avoir illuminé ton chemin et celui de ceux que tu as croisé.

Merci à Thomas et Richard de m’avoir avertie.