A la croisée des blogs est un évènement itinérant (de blog en blog) dont le thème est lancé par un blogueur en développement personnel. Ce mois-ci, c’est Aurélien de Web entrepreneur débutant qui propose le thème suivant « Apprivoiser sa chance »

J’ai longtemps hésité avant de participer car je sors de ma ligne éditoriale bonheur « pur et dur ». Mais l’exercice est intéressant et m’oblige à me mouiller.

Alors attention je me jette dans le grand bain et en plus, je fais long et risqué car ma chance est insolente et j’aime ça.

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Vous y comprenez tout, vous, aux mécanismes de cet univers ?

Appelez-là : chance, intuition, probabilité, coïncidence… ma drogue, ce qui me donne l’envie de gratter la surface de ma réalité, ce sont les clins d’œil de la vie, ma chance phénoménale.

Je ne sais pas trop si j’ai toujours eu de la chance mais elle semble être de plus en plus présente dans ma vie au point où j’ai été obligée de mettre ma rationalité et ma chance sur des circuits parallèles.

Vous savez, vous, comment fonctionne la chance?

Ma chance est une compagne, une amie sur laquelle je peux compter. Je lui lance des défis, souvent, comme samedi dernier en rentrant de chez Marc Vella. Il est 23h. Le feu est rouge, je ralentis. Au croisement avec la rue Oberkampf, je vois un jeune homme avec une gabardine noire, une fille et un type. Je me dis que j’aimerais voir quelqu’un que je connais mais que c’est peu probable et que demander à ma chance de travailler la nuit sans raison ne va que la fatiguer pour rien. Je redémarre atterrée par mes pensées. 100 mètres plus loin, un copain est sur le trottoir à discuter avec un couple. Un copain que je n’ai jamais vu ailleurs qu’au marché Raspail. Un jour il m’a présenté un québécois qui habite Lille. Grand sourire, nous nous connaissions par mon ami d’enfance dont la compagne connaît un médecin clown qui, il y a deux semaines, était assis sur un banc  devant mon stand à Batignolles. Je l’interpelle et lui dit que je pense le connaître. Il me dit qu’il connaît Rama qui tenait le stand avant moi.

Quelques mois plus tôt.

J’arrivais chez mon oncle et ma tante dans un village de 600 âmes en Normandie. J’aime aller me ressourcer là-bas. Le téléphone ne passe pas, les ondes balayées par le vent des falaises. J’y passais un mois de vacances tous les ans quand j’avais des couettes et des socquettes.

A peine arrivée, nous passons à table et bien sûr entre deux bouchées de saveurs d’enfance, nous balayons nos vies. Je dis à mon oncle et ma tante que j’ai beaucoup de chance et que ça m’enchante. Les coïncidences sont si nombreuses que c’est devenu un jeu.

Une fois la vaisselle faite direction la maison de Monique où les femmes se retrouvent le soir pour parler et beaucoup rigoler grâce à l’humour décapant de Jeanine. Nous parlons des remèdes de grand-mères qui se sont perdus, des orties et autres décoctions. Monique se lève et va chercher une carte de vœux d’un gars du village qui est devenu médecin à Paris et travaille dans les médecines douces. Sur la carte, ses conférences. Un lieu. Je connais ce lieu. La compagne de mon ami d’enfance a fondé ce lieu. Je dis à ma tante, tu vois c’est de cela dont je parlais.

J’appelle l’amie et RDV est pris avec le docteur dans un café de banlieue. Je me présente ce jour là et le cafetier m’amène à l’homme que je cherche. Il est avec une femme, les couverts dressés et me regarde interrogatif. Il est 15h. « Je suis Joanna, vous êtes bien M. ? » « Oui » Il semble perdu. « Joanna ? … Oh mais nous avons RDV la semaine prochaine. Vous avez de la chance de me trouver là » Quelle chance ! Nous faisons connaissance devant les premières asperges de la saison et un blanc sur pied. Il est médecin à la retraite et fait le clown dans les hopitaux. Il écrit un livre. Le titre?  « Le bonheur s’apprend, la santé aussi » !

Un médecin clown était assis sur un banc devant mon stand à Batignolles. Il connait Rama. Tout d’un coup je revois toute l’histoire et lui dit « nous nous sommes rencontré dans une brasserie de banlieue ».

Je pourrais suivre le fil des liens et des coïncidences sans fin.

Comment expliquer la chance ? Comment expliquer que plus j’apprécie et reconnaît ma chance et plus elle se multiplie ?

Comment expliquer :

– Qu’à Palma de Mallorca, je ne rejoins pas l’amie avec qui j’étais au fond du bus et reste à l’avant. En arrivant en ville le couple à ma droite supplie le conducteur de s’arrêter pour faire monter une amie qu’ils ont aperçue sur le trottoir. Une amie de Budapest avec qui j’avais passé trois jours à Amsterdam deux ans plus tôt.

– Que je veuille créer des smoothie bar à Paris et que devant l’ampleur de la tache je me dis que je ne suis pas prête et j’accepte un job de consultante en Angleterre. Là on m’explique que pour un client un peu particulier la boite m’assigne à une mission pas comme les autres: monter une chaine de smoothie bar en Angleterre.

– Que mon amie F qui me raconte une histoire douloureuse, qu’un mot débouche sur la réalisation qu’elle a très bien connu mon amie G de Bordeaux, qui à vécu plus de deux ans chez sa mère. G a quitté l’appartement de la porte des Lilas quelques jours avant que je ne vienne moi-même y déjeuner pour la première fois.

– Que je puisse me balader en Thaïlande seule et que quelqu’un crie mon prénom.

– Que j’exprime à une personne que je viens de rencontrer qu’il me faudrait un boulot à mi-temps et que 30 minutes plus tard en entrant dans une boutique, on me propose un boulot à mi-temps comme ça de but en blanc.

– Qu’au fond d’un restaurant flunch mes amis se moquent de moi quand je dis que je connais cette fille mais je ne sais plus d’où. Je m’avance vers sa table et elle me dit « Yunnan ». Nous nous sommes rencontrées au fin fond du Yunnan en Chine quelques années plus tôt.

– Qu’abandonnée sur la bord de la route en Nouvelle Zélande, je suis dans les toilettes d’une aire d’autoroute désespérée. Une petite fille entre, elle parle français. Nous sympathisons. Plus tard quand je sors elle crie à ses parents que je suis la française. J’ai voyagé trois jours en camping car avec eux jusqu’à la ville.

– Qu’en allant en ville alors que je vivais dans un petit village près de Tikal au Guatemala, il y avait deux gars que je connaissais donc j’ai fait de l’autostop avec eux. Je me retrouve en cabine avec un restaurateur de Flores, eux à l’arrière du pick-up à discuter. Je lui dit que je cherche un travail dans la région. Nous discutons littérature, philosophie et il me dit de passer le voir au resto un de ces 4. Dernier jour de ma recherche de travail, mon amie Alice et moi avions trouvé des boulots au village mais je voulais avoir des options. Rien en ville, je lui propose, avant de rentrer de passer voir le resto. Nous arrivons en même temps que le patron. Nous nous installons. Il est très occupé et en sueur. Il vient nous voir et me demande si c’est bien moi qui voulais travailler. Le directeur du projet archéologique Aguateca est là. Il nous le présente, le lendemain nous sommes dans la jungle.

– … Il faut que je arrête au risque de vous perdre si ce n’est déjà fait car je pourrais remplir plusieurs volumes avec des histoires de cacahuètes, d’illustrateur à lunettes, de Manhattan project, de bois exotiques, de collier multicolor…

Certains, hasards, chances, coïncidences ont littéralement changé le cours de ma vie. Les articles de blogs se doivent d’être court et je ne raconterai donc pas tout. J’ai déjà évoqué plusieurs de ces chances sur ce blog ici et ou ailleurs.

On m’a déjà dit « Joanna, tu connais beaucoup de monde et puis on fréquente souvent les mêmes milieux donc le hasard tu le provoques »

Je le provoque. Sûrement. Comment ?

Déjà je les vois. Avoir de la chance, peu importe si ce sont des probabilités ou des mécanismes mystérieux, il faut savoir la reconnaître. Il m’est arrivé de voir une chance quelques instants après un souhait exprimé par quelqu’un et cette personne ne pas la voir.

La chance c’est avant tout des yeux attentifs, des oreilles grandes ouvertes. Si la chance se provoque, cela doit commencer par l’accueil et suivre son intuition. Je ne sais pas comment ça marche, je ne peux que constater que la chance croit avec l’enthousiasme.

Merci à ma chance car elle m’a fait croiser le chemin de personnes exceptionnelles. Parfois ma chance se trouvait même dans les épreuves quand j’ai su garder l’oeil ouvert aux nouvelles portes, aux clins d’oeil. Oui la chance est un clin d’oeil et parfois elle n’apporte ou n’enlève rien, elle témoigne juste de la magie de la vie.