Article écrit par Yves-Alexandre Thalmann auteur des Petit cahier d’exercices d’entraînement au bonheur

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Le bonheur ne se trouve pas, il se construit. Comment ? C’est justement ce que nous enseigne la psychologie positive, cette nouvelle science du bonheur. Deux pistes seront développées ici : la synchronisation corps-mental et les pensées optimistes.

Depuis la fin des années 80, une nouvelle discipline a vu le jour dans le champ de la psychologie : la psychologie positive, dont le but est d’étudier scientifiquement le bonheur et le bien-être. En interrogeant les gens et en réalisant des études, elle cherche à identifier ce qui nous rend heureux et, surtout, comment y parvenir.

La psychologie positive a notamment permis de démentir certaines croyances à propos du bonheur :

–       le bonheur n’est pas proportionnel à ce que nous avons : ni la richesse, ni le confort matériel n’ont le pouvoir de rendre heureux. Comme illustration, une étude a montré qu’en 1940, les Américains évaluaient leur satisfaction générale dans la vie à 7,5 sur une échelle allant jusqu’à 10. Un tiers des foyers n’avaient pas l’eau courante, ni toilettes intérieures, ni douche, et seule la moitié disposait d’un chauffage central. De nos jours, malgré les lave-vaisselles, fours micro-onde, machines à laver, écrans plats, ordinateurs, le score actuel de satisfaction chez les Américains est de… 7,2 !

–       les jeunes ne sont pas plus heureux que les personnes âgées. Au contraire, on sait maintenant que la définition du bonheur varie avec l’âge : on met davantage l’accent sur les plaisirs durant la jeunesse, puis sur l’engagement et le contentement à l’âge adulte, et enfin sur la sérénité au crépuscule de la vie.

–       Il ne faut pas nécessairement être en santé pour être heureux. En réalité, les personnes atteintes de maladies chroniques et même de handicaps ne se disent en moyenne pas plus insatisfaites de leur vie que les personnes valides et en pleine santé.

L’apport le plus déterminant de la psychologie positive est sans doute de faire comprendre que le bonheur ne se trouve pas, mais qu’il se construit. Etre heureux est le résultat de notre façon de voir la vie, et non des événements vécus, comme de nombreux sages et philosophes à travers les âges l’ont répété.

Etre heureux est le résultat de notre façon de voir la vie, et non des événements vécus

Alors, concrètement, que pouvons-nous faire pour être plus heureux ? Deux pistes seront détaillées dans cet article : la synchronisation corps-mental et la pensée optimiste.

1. La synchronisation corps-mental : pour bien comprendre cela, remontons aux temps où nos lointains ancêtres, encore vêtus de peaux de bêtes, ont pris conscience de leur existence : une grande angoisse s’est soudain emparée d’eux : comment faire si la nourriture vient à manquer ? Peut-on éviter la souffrance, la maladie ? Qu’est-ce que la mort ? Etc. Les raisons de se faire du souci ne manquaient pas ! En d’autres mots, l’anxiété et les soucis sont une des conséquences de l’accroissement considérable du volume de notre boîte crânienne au fil de l’évolution. Lorsque le cerveau, cette formidable machine à penser, n’est pas occupé à traiter de l’information (ce pour quoi il a été conçu), il tourne à vide et utilise son énergie à ressasser des thèmes angoissants.

Penser négativement nécessite moins d’énergie que de penser positivement ! Lorsque l’on se réveille en pleine nuit et que l’on ne parvient pas à retrouver le sommeil, quelles sont les idées qui nous viennent ? La plupart du temps, des pensées angoissantes. De même, les personnes dépressives ont moins d’énergie et sont ralenties, et leurs pensées sont essentiellement négatives.

Il existe deux façons pour éviter que l’esprit ne tourne à vide : la méditation et la concentration. Pour la première voie, à côté de la pratique à proprement parler de la méditation (qui vise à vider son esprit de toute pensée), je préconise un travail sur les habitudes. En effet, lorsque nous effectuons des actions machinalement, notre esprit peut penser à autre chose, avec une énergie limitée. Je suggère de remettre de la conscience dans ces activités : par exemple, se raser ou se brosser les dents de la main non dominante, changer de trajet pour rentrer chez soi, se répartir différemment les places autour de la table familial ou dans le lit conjugal, etc. De cette façon, nous synchronisons le mental avec le corps : nous devons penser à ce que nous faisons. Or, davantage de conscience de ce que nous faisons, c’est plus de bonheur, puisque le bonheur est un éprouvé qui ne peut se vivre que dans le présent.

La deuxième voie est celle de la concentration : il s’agit de vivre des expériences optimales, aussi appelées flux. La question à nous poser est la suivante : quelles sont les situations de notre existence où nous avons l’impression de vivre intensément ? Où nous sommes heureux de faire ce que nous faisons ? Où nous sommes totalement captivés par ce que nous accomplissons ? Réponse : lorsque nous sommes engagés dans des activités à la hauteur de nos capacités.

En effet, lorsque nous devons exécuter des tâches qui nous paraissent trop simples, pour lesquelles nous n’avons pas besoin de nous concentrer, nous nous ennuyons assez vite. Au contraire, lorsque les exigences sont trop élevées ou que nos aptitudes ne sont pas assez développées, nous rencontrons le stress et l’anxiété. C’est uniquement lorsque nos capacités sont à la hauteur exacte de la tâche que nous prenons plaisir à ce que nous faisons. Ces moments particuliers, où nous sommes complètement absorbés par une tâche, s’accompagnent de l’oubli du temps qui passe et des autres préoccupations.

Pour vivre ces instants magiques, il faut aménager nos activités en conséquence. Car ce n’est pas les tâches en elles-mêmes, mais la manière dont nous les vivons qui importe. C’est l’énergie que l’on y met, la valeur que l’on y projette. Se lancer des défis : voilà le maître mot pour ne pas subir l’ennui ! Grimper une paroi difficile, gagner une partie d’échecs ou réaliser un contrat particulièrement délicat ne sont pas des activités plus gratifiantes ou plus intéressantes que d’autres. Mais lorsque nous sommes en état de flux, la vie acquiert une saveur particulière qui a un fort goût de bonheur.

Un fort goût de bonheur

2. La pensée optimiste. Au risque de décevoir certains lecteurs, il a été démontré que les personnes pratiquant la pensée positive ne sont pas significativement plus heureuses que les autres. Ce qui fait une véritable différence, ce sont les pensées en cas d’échec. Lorsque nous subissons un revers, par exemple ne pas être retenu pour un poste convoité, nous pouvons nous dire : « Je n’ai pas eu ce job parce que je ne sais pas me vendre. De toute façon, je suis nul ». Dans ce cas, nous venons d’attribuer notre échec à des facteurs internes (nous sommes l’unique responsable), permanents (demain, nous ne saurons pas mieux nous vendre) et universels (nous sommes nul, donc par définition dans tous les secteurs de la vie). Ce sont exactement les caractéristiques de la pensées pessimistes : attribuer ses échecs à des facteurs internes, permanents et universels.

Au contraire, les optimistes ont tendance, dans la même situation, à faire des attributions externes (« d’autres candidats étaient sans doute mieux profilés »), transitoires (« cela peut arriver ») et particulières (« je suis plus compétent, dans d’autres domaines »). Pour devenir plus optimiste, il importe donc de soigner nos pensées lors d’échecs et de contrariétés. En particulier, nous avons avantage à nous concentrer sur les caractéristiques interne / externe, transitoire / permanent et particulier / universel des attributions causales que nous émettons.

Voilà deux pistes somme toute assez simple à mettre en place pour devenir plus heureux : déjouer les habitudes et faire des attributions, si ce n’est externes, en tout cas transitoires et particulières lors d’échecs et de déconvenues. Il existe de nombreux autres entraînements au bonheur et à l’optimisme, que vous trouverez dans les deux petits cahiers d’exercices que j’ai consacrés à ce sujet.

Au fait, qu’est-ce que c’est, le bonheur ? C’est l’état d’une personne qui apprécie la vie qu’elle mène, parce qu’elle en retire du plaisir et de la joie en même temps qu’elle perçoit un sens à ses actions.

Yves-Alexandre Thalmann est psychologue et formateur. Il est l’auteur de nombreux ouvrages de développement personnel, dont un Petit cahier d’exercices d’entraînement au bonheur et un Petit cahier d’exercices pour voir la vie en rose, parus chez Jouvence.

www.yathalmann.ch