Jonathan Haidt m’a baladée de l’Agora grecque aux chaires des grandes universités américaines.  Il en faut du courage, des années à fouiller, de l’indépendance d’esprit pour écrire Hypothèse du bonheur : La redécouverte de la sagesse ancienne dans la science contemporaine
Nous n’étions pourtant pas fait pour nous entendre tant mes dents ont grincé lorsque J. Haidt écrit « La vie n’est qu’une opinion. Par la méditation, la thérapie cognitive et le Prozac vous pouvez vous faire une autre opinion de vous-même. » Le Prozac !!! Ce livre a fait évolué ma vision et peut être que son approche parfois par la face nord du bonheur (inceste, colère, Satan, perversité…) est ce qui a ouvert les nouveaux chemins. Il n’énonce pas seulement des idées, il les pose sur la table puis les décortique pour trouver SA réponse.

L’image qu’il utilise tout au long du livre est celle de l’éléphant et son cornac, l’éléphant étant nos automatismes, notre inconscient et le cornac, le contrôlé, le conscient.  Je ne m’étais pas rendu compte de la force de cette métaphore,  mais elle m’accompagne chaque jour comme un petit rappel de la force de l’inconscient en moi notamment lorsque je justifie mes choix où juge mon voisin.

Ce livre est d’une densité rare. J’en veux pour preuve les 17 pages de références et les 26 de bibliographie à la fin du livre. J’ai donc décidé de ne parler ici que du chapitre 7 « Des usages de l’adversité » qui se prête tout à fait au thème de la croisée de blogs de ce mois-ci.

« Ce qui ne me tue pas me rend plus fort » Nietzsche

Dans ce chapitre J. Haidt développe « l’hypothèse du malheur ».

« Cette hypothèse énonce que les gens ont besoin d’adversité, de revers et peut être même de traumatismes pour atteindre le sommet de la force, de l’épanouissement et du développement personnel. »

Il nous explique quand les échecs ou malheurs sont bénéfiques et quand ils sont néfastes.

Premier bénéfice :

« Relever un challenge révèle des aptitudes cachées et se rendre compte de ces aptitudes change la manière dont vous vous percevez ». La peur de l’échec nous paralyse.  Nous ne pourrions jamais supporter le regard de l’autre, la perte financière ou émotionnelle. Mais en fin de compte quand nous traversons l’échec nous apprenons sur nous-mêmes, nos limites et nos forces. Nous sommes plus solide et moins anxieux face à l’adversité future.

Deuxième bénéfice :

Les relations. « L’adversité est un filtre » Elle renforce les liens avec les personnes autour de vous qui vous tendent la main ou l’oreille.

Troisième bénéfice :

Cela change la philosophie de vie et les priorités.

« Douces sont les façons de l’adversité : oui,

Tout comme le crapaud énorme et venimeux

Qui porte sur sa tête une pierre de lune. » Shakespeare

Si il est vertueux de traverser l’adversité, « cela signifie que l’on doit saisir plus d’occasions et  connaître plus de défaites ».  L’échec nous permet d’envisager de nouvelles solutions, de rééquilibrer la cohérence interne, réexaminer nos buts. L’échec est une opportunité.

« On ne reçoit pas la sagesse, il faut la découvrir soit même, après un trajet que personne ne peut faire pour nous,  ne peut nous épargner car elle est un point de vue sur les choses. »  Marcel Proust

Se tenir éloigné de l’échec est en quelque sorte se tenir éloigné de la sagesse.

Je conseille fortement la lecture de ce livre bien qu’il ne soit pas une lecture facile par la richesse de son contenu. Voilà un livre que je m’exhorterai à relire dans quelques années pour me rafraichir la mémoire.

A la croisée des blogs est un évènement itinérant (de blog en blog) dont le thème est lancé par un blogueur en développement personnel. Ce mois-ci, c’est Julien de World émotions qui propose le thème suivant “Ces échecs qui nous font grandir