14 octobre 2026
Comme je me suis cachée dans le présent, mon passé me pousse vers l’avenir.
Je pensais avoir trouvé LE truc pour échapper à cette fracture en moi entre l’émerveillement d’être vivante dans un monde fascinant et la vacuité existentielle de notre société.
Un truc simple : le retrait, ne plus chercher l’attention, vivre à côté, oubliée, présente à soi. Vivre enfin en paix avec cette intensité si encombrante, regarder du bas-côté le monde se déliter inéluctablement. « Qui aurait pu prédire ! »
Mais même là, toujours la question du sens de la vie qui me taraude depuis l’enfance. Que suis-je supposée faire de cette vie ?
Alors il devait être temps. Comme souvent, je ne décide pas vraiment, je n’ai qu’à suivre le guide. Mon passé a pris les rênes et ces derniers mois ont été rythmés de retrouvailles. Je voudrais vous en raconter deux.
En juin, Florence Servan-Schreiber passait à Lorient pour une conférence. Plus de dix ans que je ne l’avais pas vue. Elle m’invite et me voilà sous les projecteurs. Elle raconte notre rencontre au public, ce jour où lors d’une dédicace de son livre « 3 kifs par jour » je lui demandais si elle accepterait de participer au Forum Happylab. Florence explique que ce fut sa première intervention. Je l’ignorais, je pensais qu’elle était rodée à l’exercice. Elle continue et relate comment nous nous étions retrouvées par hasard à Marseille au congrès de l’APM avec une envie en miroir : monter un spectacle. On se retrouve dans les moments de bascule.
La conférence interactive qu’elle donnait ce jour-là était sur l’audace (d’être soi). Je me suis follement amusée. Florence est bien une fée qui a la magie de mêler le profond, la joie, le jeu et la vulnérabilité pour nous enchanter.

Je venais justement de faire un choix audacieux.
Alors que je m’étais promise de ne plus jamais animer de conférence / table ronde suite à une expérience pénible où je m’entends encore dire à Marie Robert, qui s’enquérait de mon rôle d’animatrice d’un jour : « Fake it till you make it ».
Je ne sais pas faire semblant, rentrer dans les codes des autres. La dissonance entre les mots et les actes finit toujours par me tourmenter.
Alors oui il était audacieux d’avoir dit oui à l’animation d’une conférence portée par un collectif dont je devais transmettre la vision. Je me suis plongée pendant des mois dans la pensée d’Olivier Hamant, ce biologiste, directeur de recherche à l’INRAE, qui transpose le concept de robustesse des plantes à la société. Au-delà de la richesse de son propos, il venait illustrer pour moi le courage de s’exposer et d’accueillir éloges et critiques sans ni s’enorgueillir ni se rapetisser. En le regardant faire, en observant l’élan qu’il réveille chez les autres, j’ai des bouffées d’espoir.
Pendant la soirée j’ai révélé le secret du bonheur et fait le bretzel avec Olivier et 300 personnes (rien de cochon). Je vous raconte là avec la captation vidéo pour que vous aussi vous fassiez partie des initiés.

Mais revenons aux clins d’œil du passé.
En préparation des rencontres autour de la venue d’Olivier, nous étions à l’embarcadère pour une réunion gourmande. Un homme vient saluer une personne du collectif de l’autre côté de la table. Il se trouve que j’ai un système de clochettes internes qui me somme de me lever pour aller à sa rencontre. Certains appellent ça l’intuition. Patrick Degeorges, philosophe, membre de l’Institut Michel Serres, s’est installé à Lorient depuis peu. Il nous parle de Kerminy, une ferme du Finistère où cela cogite les mains dans la terre. Ils ont justement une rencontre en août.
De retour chez moi, je consulte leur site et là, au milieu du programme, Joanne. Je n’en reviens pas, Joanne.
Quand je vivais à Paris j’avais plusieurs bandes. L’une d’elles était composée de chercheurs du CNRS. Un soir l’un d’eux avait dit « en fait là, il n’y a qu’une personne de normale » en parlant de moi. Les chercheurs : une espèce à part ! Joanne avait rejoint la troupe par amour. Son mariage, dans le sud de l’Ardèche, avait duré 3 jours. Le plus beau mariage qu’il m’ait été donné de vivre : à nager dans les rivières, danser et rire.
Joanne, donc, allait être là, à Kerminy. J’étais tellement impatiente de la revoir.
Je profitais de cette escapade pour partir avec ma Volvo quelques jours. Mon programme : festival des rias pour un spectacle de 3 heures sur la démocratie, un sujet hautement d’actualité pour moi. Au petit matin j’avais rendez-vous avec la Lune et son éclipse. Puis journée perdue dans les sous-bois pour assouvir mon grand besoin de forêt. Et finalement Kerminy pour l’assemblée des sols et surtout pour surprendre Joanne.
JOIE des retrouvailles, de se raconter ces 10 dernières années.
Elle animait un atelier où j’étais inscrite. Au moment de m’y rendre, une femme m’accoste. « Tu t’appelles bien Joanna Quélen ? » me demande-t-elle. « Oui. » Elle se présente juste de son prénom Nathalie et de son nom.
Maisons-Laffitte dans les Yvelines. 82-86 école primaire Colbert. Ma copine de primaire était là devant moi à Kerminy près de Rosporden.
Sur cette photo, Nathalie ma copine de primaire, Joanne et moi sur le même banc. À ce moment-là je ne savais pas.

La vie est une aventure pleine de surprises, me semble-t-il, orchestrées. J’entame une nouvelle mue. Tout en préservant l’équilibre d’une vie simple, je compte bien m’inspirer de l’audace de Florence et Olivier, oser proposer au monde ce que je concocte depuis des années et ce que ce début d’année a fait naître. Je vous en parlerai ici, à vous qui avez marqué les différentes époques de ma vie et en avez fait sa richesse.
Et comme il faut que j’intègre la robustesse, ALOEN m’a demandé d’animer la prochaine conférence d’Olivier Hamant ce 3 novembre au Palais des Congrès de Lorient. L’aventure continue avec son lot de hasards revigorants.

Peinture © Melissa Smith, « Tree of Radiance »
